Technique
Qu'est-ce que le froissage ? L'art du papier froissé
Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Qu’est-ce que le froissage ? C’est une technique artistique qui part d’une simple feuille de papier froissé. On froisse le papier, on le défroisse, puis on lit le réseau de plis comme une carte : certaines lignes deviennent des contours, d’autres des ombres, et les formes que l’on y devine deviennent le sujet de l’image. On passe souvent d’abord un lavis d’encre ou d’aquarelle sur la feuille, car la couleur liquide se loge dans les fibres cassées des plis et fait apparaître le motif.
Le procédé est assez simple pour une séance d’arts plastiques à l’école primaire, et assez ouvert pour avoir occupé un artiste exigeant pendant des décennies. Cette page sert de point de départ à tout le site : une définition, un bref historique, les principales variantes et des liens vers les guides détaillés.
Définition du froissage
Froissage est un nom commun qui désigne l’action de froisser, de chiffonner ou de plisser. Il est formé sur le verbe froisser et le suffixe -age. Pour un lecteur francophone, le mot n’a rien d’exotique : c’est l’usage artistique qui en fait un terme technique. Notre page sur le sens du mot froissage (en anglais) revient sur le mot et ses autres emplois.
En art, le terme désigne un procédé précis :
- Une feuille de papier est froissée à la main, plus ou moins serrée.
- Elle est rouverte et aplatie, ce qui laisse un réseau de crêtes, de creux et de fibres cassées.
- On applique la couleur. Encre diluée, aquarelle ou médium sec font ressortir les plis.
- L’artiste scrute le motif et en dégage ce qu’il lui suggère : visages, personnages, paysages ou structures purement abstraites.
Le résultat se situe quelque part entre le dessin et le collage. Wikipedia décrit le froissage comme une méthode de collage dans laquelle les lignes d’une feuille froissée servent à créer un dessin. Dans la pratique, la feuille froissée est souvent aussi collée sur un support rigide, découpée, associée à des imprimés ou retravaillée avec d’autres techniques.
D’où vient le froissage ?
La technique est d’abord associée à Ladislav Novák (1925-1999), poète et plasticien tchèque qui a passé l’essentiel de sa vie comme professeur dans la ville de Třebíč. Selon les archives de l’éditeur et galerie néerlandais Multiples, il a mis au point le froissage vers 1964, et c’est cette méthode qui lui a valu l’essentiel de sa reconnaissance. Novák l’associait souvent à l’alchimage, sa pratique antérieure consistant à traiter chimiquement des reproductions imprimées. Toute son histoire est à lire dans notre biographie de Ladislav Novák.
Son ami Jiří Kolář (1914-2002), le poète tchèque devenu l’un des créateurs de collages les plus inventifs du XXᵉ siècle, a lui aussi pratiqué le froissage, aux côtés de ses propres méthodes comme le rollage et le chiasmage. Voir les techniques de collage de Jiří Kolář (en anglais).
L’idée de fond est plus ancienne. En 1925, Max Ernst commence ses frottages en frottant un crayon sur des feuilles posées sur un vieux parquet usé, et les surréalistes adoptent ensuite le grattage, la décalcomanie et le fumage : autant de façons de laisser les accidents de la matière produire des images que l’artiste interprète ensuite. Le froissage applique la même logique au matériau le plus banal qui soit, une feuille de papier. Notre histoire du froissage retrace cette filiation étape par étape, et la page surréalisme tchèque et froissage (en anglais) explique le contexte pragois.
Le froissage comme moyen de faire image apparaît aussi, de façon indépendante, en France. Le peintre Ladislas Kijno expérimente le papier froissé sur toile dès la fin des années 1940, et dans les années 1960 Simon Hantaï et André-Pierre Arnal froissent et plient des toiles entières avant de les peindre. Ces artistes sont présentés dans notre guide des artistes du froissage (en anglais).
Ce qui distingue le froissage
Plusieurs techniques fondées sur le hasard se ressemblent en photo. Voici les différences essentielles :
| Technique | Ce qui crée le motif | Outils habituels | Artistes associés |
|---|---|---|---|
| Froissage | Les plis obtenus en froissant le papier lui-même | Papier, encre diluée ou aquarelle | Ladislav Novák, Jiří Kolář |
| Frottage | Le frottement sur une surface texturée placée sous la feuille | Crayon tendre, craie grasse, graphite | Max Ernst, à partir de 1925 |
| Grattage | La peinture fraîche raclée sur une toile posée sur une texture | Couteau à peindre, peinture à l’huile | Max Ernst, à partir de 1927 |
| Décalcomanie | La peinture pressée entre deux surfaces puis séparée | Gouache, verre ou papier | Óscar Domínguez, 1936 |
| Collage | Des matériaux découpés ou déchirés puis collés | Ciseaux, colle, imprimés | Braque, Picasso et bien d’autres |
La comparaison détaillée se trouve dans froissage et frottage et dans notre panorama des techniques surréalistes (en anglais).
Le froissage en pratique
La plupart des froissages commencent par une couche de couleur humide ou à demi humide. Quand on passe de l’encre diluée au pinceau sur une feuille froissée, deux choses se produisent : le pigment se dépose dans les creux, et les fibres fendues le long de chaque pli absorbent plus de liquide que la surface lisse. Les plis foncent et le motif saute aux yeux. Certains artistes posent la couleur alors que le papier est encore froissé, pour que seules les crêtes en relief prennent la peinture ; d’autres aplatissent d’abord la feuille.
La seconde moitié du travail, c’est l’interprétation. Comme lorsqu’on voit des animaux dans les nuages, on tourne la feuille, on la regarde à l’envers et on attend qu’une forme apparaisse. On la renforce ensuite au feutre fin, au pinceau fin ou au crayon de couleur, en laissant les autres plis comme texture. La méthode complète, avec les temps de séchage et le choix du papier, figure dans notre guide de la technique du froissage pas à pas, et les problèmes les plus courants sont traités dans les erreurs fréquentes en froissage (en anglais).
Le matériel nécessaire
- Le papier. Les papiers fins (papier d’imprimante, papier calque, papier de soie, vieilles pages de livre) donnent des plis nets et serrés. Un papier aquarelle plus épais donne des plis moins nombreux et plus doux, et supporte davantage d’eau.
- La couleur. Encre diluée à l’eau, aquarelle liquide, thé ou café pour un effet sépia. On peut aussi frotter des pastels ou du graphite sur les crêtes.
- Les outils de dessin. Un feutre fin, un feutre pinceau, des crayons de couleur ou un stylo gel blanc pour faire ressortir l’image trouvée.
- En option. De la colle et un support rigide, des pages de magazine pour le collage, un vaporisateur.
Voir le matériel du froissage (en anglais) pour une liste plus complète, et notre guide froissage à l’encre et à l’aquarelle (en anglais) pour les techniques de couleur.
Qui pratique le froissage aujourd’hui ?
Le froissage se pratique dans trois grands contextes :
- Les beaux-arts. Des artistes continuent d’utiliser le papier froissé pour des dessins, des estampes et des œuvres en techniques mixtes, et les œuvres de Novák et de Kolář sont conservées dans des collections publiques tchèques comme la Galerie nationale de Prague. Notre galerie du froissage (en anglais) indique où les voir.
- L’enseignement. Comme il ne demande aucune compétence en dessin pour démarrer et que chaque résultat est unique, c’est un projet courant en arts plastiques. Voir le froissage en arts plastiques avec les enfants, la séquence pédagogique complète (en anglais) et d’autres idées d’art en papier froissé (en anglais).
- L’illustration et le graphisme. Les textures de papier froissé sont très utilisées comme fonds, photographiées ou réalisées à la main puis numérisées. Leur association avec le papier découpé est expliquée dans froissage et collage (en anglais).
Le froissage et les autres techniques du hasard
Le froissage appartient à une grande famille de procédés où l’artiste provoque d’abord un accident, puis l’interprète. Pour bien comprendre la définition du froissage, il est utile de le comparer à ses voisins :
- le frottage, mis au point par Max Ernst à partir de 1925, relève la texture d’un objet placé sous la feuille : voir le frottage en arts plastiques ;
- la décalcomanie, adoptée par Óscar Domínguez en 1936, écrase la peinture entre deux surfaces : voir la technique de la décalcomanie ;
- le fumage, associé à Wolfgang Paalen, dépose la suie d’une bougie sur le papier ; Ladislav Novák l’a lui-même pratiqué : voir la technique du fumage.
Tous reposent sur le même ressort : notre tendance à voir des images dans des formes dues au hasard, la paréidolie. Léonard de Vinci conseillait déjà aux peintres de regarder les murs tachés, et Victor Hugo faisait naître des paysages de ses taches d’encre, comme le montre notre page sur les dessins de Victor Hugo. Le froissage se distingue par son matériau : ce n’est ni la peinture ni la fumée qui crée le motif, mais le papier froissé lui-même.
Pour aller plus loin
Pour essayer tout de suite, commencez par le guide pas à pas. Si c’est l’histoire de l’art qui vous intéresse, lisez l’histoire du froissage, puis les portraits d’artistes. Vous avez terminé une œuvre que vous voulez garder ? Notre guide pour présenter une œuvre en papier froissé (en anglais) explique comment l’aplatir, la monter et l’encadrer. Les réponses rapides sont réunies dans la FAQ du froissage (en anglais).
Pour situer le froissage parmi les autres techniques du hasard, lisez le hasard dans l’art ; pour sa version picturale en France, voir André-Pierre Arnal.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le froissage, en quelques mots ?
Le froissage est une manière de créer à partir de papier froissé. On chiffonne une feuille, on la remet à plat, puis on suit les lignes laissées par les plis pour dessiner ou peindre une image.
Qui a inventé le froissage ?
En tant que méthode artistique identifiée, le froissage est attribué au poète et artiste tchèque Ladislav Novák (1925-1999), qui l'a mis au point vers 1964. D'autres artistes ont travaillé indépendamment sur des supports froissés, par exemple le peintre français Ladislas Kijno et, sur toile, Simon Hantaï et André-Pierre Arnal.
Le froissage est-il une technique surréaliste ?
Il est né de l'intérêt des surréalistes pour le hasard et l'automatisme, et Novák s'inscrivait dans cette tradition. Mais il est postérieur aux procédés surréalistes classiques des années 1920 et 1930 : on le décrit plutôt comme une technique d'après-guerre dans la lignée du surréalisme.
D'où vient le mot froissage ?
C'est un nom commun formé sur le verbe froisser, auquel s'ajoute le suffixe -age. Il désigne simplement l'action de froisser ; en art, il nomme le procédé qui consiste à dessiner ou peindre à partir des plis d'un papier froissé.
Quelle différence entre froissage et frottage ?
Le frottage relève une texture en frottant un crayon sur une feuille posée sur une surface rugueuse. Le froissage crée la texture dans le papier lui-même, en le froissant. Les deux s'appuient sur le hasard pour suggérer des images.
Sources
Editorial team
The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.




