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André-Pierre Arnal : froissages, pliages, Supports/Surfaces

Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Gros plan sur un papier plié aux arêtes nettes accrochant la lumière
Photo : *nacnud*, CC BY 2.0, via Openverse

André-Pierre Arnal a pratiqué le froissage à une échelle inattendue. En 1968, il froisse une toile de plus de trois mètres de haut et la peint à la bombe : les plis eux-mêmes deviennent le tableau. Cette page présente les froissages d’André-Pierre Arnal et ses pliages, sa place dans le groupe Supports/Surfaces et ce que plasticiens et enseignants peuvent retenir de sa démarche. Comme pour les autres artistes dont l’œuvre est encore protégée par le droit d’auteur, nous décrivons et renvoyons vers les musées sans reproduire les œuvres.

Repères biographiques

Selon Wikipédia, André-Pierre Arnal naît le 16 décembre 1939 à Nîmes et meurt le 7 juillet 2024 à Montpellier ; The Art Newspaper (édition française) a annoncé sa disparition à Montpellier en juillet 2024. Il étudie les lettres et l’histoire de l’art à l’université de Montpellier et expose pour la première fois seul à Montpellier en 1962. Il rejoint le mouvement Supports/Surfaces à la fin des années 1960, durant la période 1968-1971.

Il illustre aussi des recueils de poésie publiés par Fata Morgana, notamment des textes de Pierre Torreilles et d’André Pieyre de Mandiargues. Ses œuvres sont conservées entre autres au Musée national d’art moderne (Centre Pompidou), au musée Fabre de Montpellier et aux Abattoirs de Toulouse.

Supports/Surfaces en quelques mots

Supports/Surfaces réunit, vers 1969-1972, des artistes surtout originaires du sud de la France. Ils démontent la peinture en ses éléments matériels : le châssis, la toile, la couleur, le geste. La toile est souvent libérée du châssis, puis pliée, nouée, découpée, cousue, teinte ou froissée. La Fondation Gandur pour l’Art résume ainsi le projet : interroger la matérialité de la peinture et déconstruire le tableau traditionnel.

Froisser et plier s’imposent naturellement : ces gestes montrent la toile comme un tissu, un objet qui a un poids et une mémoire, et non comme une fenêtre ouverte sur un sujet.

Le Froissage de 1968

La Fondation Gandur pour l’Art, à Genève, conserve une œuvre d’Arnal intitulée simplement Froissage, datée de 1968 : peinture en bombe sur toile libre, environ 350 x 239 cm. Selon la fondation, l’artiste a froissé la toile et l’a recouverte de peinture, laissant apparaître des formes aléatoires. La peinture projetée se dépose sur les arêtes et manque les creux ; une fois la toile dépliée, un réseau de zones colorées et de réserves cartographie le froissage.

La fondation souligne la filiation avec Simon Hantaï, dont la méthode du froissage et du pliage a profondément influencé Arnal et Supports/Surfaces. Hantaï utilise le froissage dès 1962 dans ses Manteaux de la Vierge. Notre page sur Simon Hantaï et la méthode du pliage détaille cette démarche.

Les Pliages des années 1970

Vers 1970, Arnal passe au pliage. Les chronologies de son travail situent les Pliages entre 1970 et 1981 environ, après les monotypes et les froissages. Le procédé est physique et répétitif : la toile carrée est posée au sol, l’artiste la plie et pulvérise la couleur, plie encore et pulvérise à nouveau. Chaque pli réduit généralement la surface visible de moitié ; le motif obtenu à l’ouverture est donc régulier et géométrique, à l’opposé du réseau irrégulier du froissage.

Le Centre Pompidou conserve Pliage (Grand triangle bleu et rouge), de 1971. Sa notice en ligne est le meilleur moyen de voir l’œuvre et d’en vérifier les dimensions.

Froissage et pliage : deux logiques

FroissagePliage
ContrôleFaible : les plis tombent où ils veulentFort : les plis suivent un plan
MotifRéseau irrégulier, comme une carteGrille ou triangles répétés
EffetOrganique, lyriqueSystématique, géométrique

Un critique cité à propos d’Arnal oppose ainsi les répétitions modulaires, plus ou moins géométriques, des pliages au caractère plus lyrique et vitaliste des froissages. Les deux partent d’un geste décidé et aboutissent à une image que l’artiste ne pouvait pas entièrement prévoir : c’est pourquoi ils ont leur place dans toute réflexion sur le hasard dans l’art.

Arnal et le froissage sur papier

Sur papier, le froissage sert souvent l’imagination. Ladislav Novák, poète et artiste tchèque, froissait des feuilles, les encrait puis dessinait les figures qu’il y découvrait (voir Ladislav Novák). Arnal fait l’inverse : il laisse les plis abstraits. Il n’y a rien à « trouver » dans ses toiles ; le sujet est le froissage lui-même. Pour comparer les deux traditions, lisez qu’est-ce que le froissage et l’histoire du froissage.

Un exercice inspiré d’Arnal

  1. Prenez un coupon de coton fin ou une grande feuille de papier kraft.
  2. Froissez-le, puis dépliez-le à moitié pour garder des plis profonds.
  3. Dans un lieu aéré, projetez ou pulvérisez de la peinture diluée d’un seul côté.
  4. Laissez sécher avant de déplier complètement.
  5. Pour la version pliage, pliez un carré en deux, puis encore en deux, en pulvérisant légèrement après chaque pli.

Comparez les deux résultats : zones douces et imprévisibles d’un côté, grille nette de l’autre. Pour des variantes avec des enfants, voir le froissage en arts plastiques.

Les compagnons de Supports/Surfaces

Les toiles froissées et pliées d’Arnal prennent tout leur sens à côté de celles des autres membres du groupe. Claude Viallat répète une forme simple sur des bâches et des tissus sans châssis. Daniel Dezeuze expose des châssis sans toile. Patrick Saytour reprend la technique du pliage, tandis que Bernard Pagès et Toni Grand travaillent le bois et la corde. Chacun isole un élément matériel de la peinture et en fait le sujet.

Dans ce contexte, le Froissage de 1968 n’est pas une expérience isolée, mais une réponse à une question commune : que reste-t-il d’un tableau quand on retire l’image ? La réponse d’Arnal, c’est le pli. Notre présentation du mouvement Supports/Surfaces (en anglais) détaille les expositions du groupe, sa scission de 1972 et le rôle de Simon Hantaï. Pour replacer ces gestes dans une histoire plus large, voir le hasard dans l’art, et pour un usage du froissage en volume, la sculpture en papier froissé.

Questions fréquentes

Qui était André-Pierre Arnal ?

Un peintre français né à Nîmes le 16 décembre 1939 et mort à Montpellier en juillet 2024, rattaché au mouvement Supports/Surfaces (1968-1971 environ) et connu pour ses toiles froissées et pliées.

Qu'est-ce que le Froissage d'Arnal ?

Une œuvre de 1968, peinture en bombe sur toile libre d'environ 350 x 239 cm, décrite par la Fondation Gandur pour l'Art. Arnal a froissé la toile et l'a recouverte de peinture pour laisser surgir des formes aléatoires.

Quelle différence avec le froissage sur papier ?

Sur papier, les plis servent souvent de point de départ à un dessin. Arnal les laisse abstraits : le froissage et la façon dont la peinture l'enregistre sont le sujet.

Où voir des œuvres d'André-Pierre Arnal ?

Wikipédia cite notamment le Centre Pompidou, le musée d'Art moderne de Paris, le musée Fabre de Montpellier, les Abattoirs de Toulouse et l'Albright-Knox de Buffalo. Vérifiez les catalogues en ligne pour savoir ce qui est exposé.

Sources

FE

Froissage Editorial Team

Editorial team

The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.

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