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Histoire

Paréidolie dans l'art : voir des images dans les taches

Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Vieille feuille de papier brun couverte de plis fins où l'on peut imaginer formes et visages
Photo : Ake, CC0, via Openverse

La paréidolie dans l’art, c’est le vieux procédé qui consiste à laisser un accident suggérer une image. On regarde un mur taché, un nuage, une coulure d’encre ou les plis d’une feuille froissée, et un visage nous regarde. Les psychologues y voient une habitude normale de la perception ; les artistes, de Léonard de Vinci aux surréalistes, l’ont exploitée volontairement. Le froissage, la technique à laquelle ce site est consacré, est l’une des façons les plus directes de mettre la paréidolie au travail. Voici l’histoire de cette idée, suivie d’exercices pour entraîner votre regard.

Définition de la paréidolie

La paréidolie est la tendance à percevoir une image ou une forme signifiante dans un stimulus vague ou aléatoire, le plus souvent visuel : des visages dans les nuages, des animaux dans les rochers, une silhouette dans le veinage du bois. On la considère comme une forme particulière d’apophénie, la tendance plus générale à trouver des motifs dans le hasard.

Le mot associe le grec para (à côté de) et eidôlon (image, forme). Selon Wikipédia, le psychiatre allemand Karl Ludwig Kahlbaum introduit le terme Pareidolie dans un article de 1866 sur les illusions des sens.

Rien d’anormal à cela : la plupart d’entre nous voient des visages dans les prises électriques ou l’avant des voitures. Les artistes ne font que ralentir le processus et agir en conséquence.

Les murs tachés de Léonard de Vinci

Le conseil le plus célèbre vient de Léonard de Vinci. Dans ses notes sur la peinture, rassemblées après sa mort et traduites notamment dans l’édition des Carnets de J. P. Richter, il décrit un procédé « très utile pour éveiller l’esprit à diverses inventions ». En regardant un mur couvert de taches ou fait de pierres mêlées, écrit-il, on peut y découvrir des paysages avec montagnes, fleuves et arbres, des batailles, des visages étranges et des figures en mouvement, que le peintre peut ensuite ramener à des formes achevées.

Léonard reconnaît que l’astuce peut sembler futile, presque risible, mais il en affirme l’utilité, et compare ces formes confuses au son des cloches, où l’on peut entendre n’importe quel mot. Le peintre ne copie pas la tache : la tache met l’imagination en route.

Alexander Cozens et la méthode des taches

Au XVIIIe siècle, le paysagiste Alexander Cozens (1717-1786) fonde tout un enseignement sur cette idée. En 1785, il publie A New Method of Assisting the Invention in Drawing Original Compositions of Landscape (Nouvelle méthode pour aider l’invention dans le dessin de compositions originales de paysage). Il jette rapidement des taches d’encre sur le papier et s’en sert comme base de paysages ; Cozens cite lui-même le passage de Léonard comme source d’inspiration. Le Metropolitan Museum de New York et la Tate conservent des exemples de ses taches.

Sa méthode est très proche du froissage : dans les deux cas, on produit d’abord une marque semi-aléatoire, contrôlée en partie mais sans plan, puis on la lit comme un paysage.

Kerner, Victor Hugo et les taches d’encre

Au XIXe siècle, le poète et médecin allemand Justinus Kerner (1786-1862) transforme des taches d’encre accidentelles en petites images pour accompagner ses poèmes. Il commence en 1857 un recueil intitulé Klecksographien ; d’autres éditions suivront, dont une en 1890. L’art de faire des images à partir de taches d’encre s’appelle depuis la klecksographie.

À la même époque, Victor Hugo réalise des dessins à l’encre nés de taches et de coulures. La Maison de Victor Hugo rappelle qu’il se servait des taches comme d’amorces pour son imagination, ce qu’admireront plus tard les surréalistes. Notre page sur les dessins de Victor Hugo détaille ses procédés.

Les taches d’encre entrent aussi en psychologie : le psychiatre suisse Hermann Rorschach publie son test en 1921, avec dix planches.

Les surréalistes : le hasard comme système

Au XXe siècle, les surréalistes font de la paréidolie un programme. Le frottage de Max Ernst, à partir de 1925, part de frottages de planchers où il voit des forêts et des oiseaux. La décalcomanie, introduite par Óscar Domínguez en 1936, produit des textures spongieuses qui deviennent paysages et créatures. Le fumage de Wolfgang Paalen fait de même avec la fumée de bougie. Salvador Dalí construit des tableaux autour d’images doubles.

Le froissage, machine à paréidolie

Le froissage s’inscrit pleinement dans cette tradition. Quand Ladislav Novák froissait, aplatissait et lavait une feuille à l’encre, il obtenait un réseau serré de lignes et de facettes, d’où il faisait surgir têtes, animaux et créatures hybrides. La feuille froissée est un générateur idéal : ses longues lignes suggèrent des contours, ses petites facettes des textures et des ombres.

Exercices pour entraîner le regard

  1. Promenade nuages et murs. Dix minutes dehors à chercher des visages dans les nuages, l’écorce, les fissures. Croquez-en trois.
  2. Le quart de tour. Regardez une feuille froissée et lavée à l’encre dans quatre orientations, deux minutes chacune, en notant tout ce que vous voyez.
  3. Plisser les yeux. Floutez le détail en plissant les yeux, ou regardez par une petite fenêtre de papier.
  4. Le minimum. Trouvez un visage et n’ajoutez que deux traits, les yeux par exemple, pour le rendre visible aux autres.
  5. Échanger. Échangez vos feuilles : chacun voit des images différentes dans les mêmes plis.

Pour la méthode complète, suivez notre guide de la technique du froissage.

Des techniques qui provoquent la paréidolie

La paréidolie a besoin d’une matière première : un motif aléatoire sur lequel l’œil peut travailler. Les plis du froissage en sont une, mais les surréalistes en ont inventé ou adopté d’autres, chacune avec sa texture propre :

Faites le même exercice sur chacune : tournez la feuille dans les quatre sens, notez toutes les images que vous voyez, puis n’en développez qu’une, de quelques traits. La comparaison montre que chaque type de hasard suggère des images différentes.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la paréidolie dans l'art ?

C'est l'usage volontaire de notre tendance à voir des images dans des motifs aléatoires. L'artiste part de taches, de fumée, de frottages ou de plis, regarde jusqu'à ce qu'un visage, une créature ou un paysage apparaisse, puis le développe.

D'où vient le mot paréidolie ?

Du grec para (à côté de) et eidôlon (image, forme). Le psychiatre allemand Karl Ludwig Kahlbaum introduit le terme Pareidolie en 1866.

Que disait Léonard de Vinci des murs tachés ?

Dans ses notes sur la peinture, Léonard explique qu'en regardant un mur couvert de taches ou fait de pierres mêlées, on peut y découvrir des paysages, des batailles, des visages étranges et des figures, et que le peintre peut s'en servir pour stimuler son invention.

Le test de Rorschach a-t-il un rapport avec la paréidolie ?

Oui. Le test publié par le psychiatre suisse Hermann Rorschach en 1921, avec dix planches de taches d'encre, utilise cette tendance comme test projectif. Les images à partir de taches d'encre de Justinus Kerner sont plus anciennes.

Sources

FE

Froissage Editorial Team

Editorial team

The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.

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