Technique
Froissage et frottage : différences, histoire et usages
Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Froissage et frottage sont deux techniques que l’on confond souvent en arts plastiques, en partie parce que les mots se ressemblent, en partie parce que toutes deux transforment des textures nées du hasard en images. La différence est pourtant simple une fois qu’on l’a vue : le frottage relève une texture sur le papier, le froissage crée une texture dans le papier.
Deux mots, deux gestes
- Frottage vient du verbe frotter. La Tate le définit comme la technique qui consiste à relever par frottement l’empreinte d’une surface irrégulière pour en faire la base d’une œuvre.
- Froissage vient de froisser, c’est-à-dire chiffonner ou plisser. Voir qu’est-ce que le froissage pour la définition complète.
Pour un francophone, les deux verbes sont d’usage courant ; c’est justement leur sens quotidien qui permet de ne plus les confondre : on frotte un crayon, on froisse une feuille.
Comparaison point par point
| Frottage | Froissage | |
|---|---|---|
| Geste | Frotter une feuille posée sur une texture | Froisser puis aplatir le papier |
| Origine du motif | Une surface extérieure : bois, feuilles, pièces, tissu | Les plis du papier lui-même |
| Médiums habituels | Crayon tendre, graphite, craie grasse, fusain | Encre diluée, aquarelle, parfois pastel |
| Eau nécessaire | Non | En général |
| Reproductible | Oui, la même surface donne des frottages semblables | Non, chaque froissage est différent |
| Artiste clé | Max Ernst, à partir de 1925 | Ladislav Novák, à partir de 1964 environ |
| Résultat | Texture fine et régulière (veinage, nervures, trame) | Réseau irrégulier de lignes et de facettes |
Le frottage : la découverte de Max Ernst
La Tate raconte l’histoire : en 1925, Max Ernst est frappé par un vieux plancher dont le veinage avait été accentué par des années de récurage. Les motifs lui suggèrent des images étranges ; il pose donc du papier sur le plancher et le frotte au crayon tendre. Il frotte ensuite des feuilles, de la ficelle, du tissu et d’autres textures, qu’il assemble en forêts et en créatures imaginaires, et publie une série de ces dessins en 1926 sous le titre Histoire naturelle.
Ernst transpose bientôt l’idée à la peinture à l’huile avec le grattage : une toile couverte de peinture est posée sur un objet en relief, puis la peinture est raclée. Ces deux techniques offrent aux surréalistes un moyen de produire des images en partie hors du contrôle conscient, idée expliquée dans notre page sur les techniques surréalistes (en anglais).
Le froissage : le papier comme sa propre texture
Le froissage applique la même logique, mais supprime l’objet extérieur. L’artiste tchèque Ladislav Novák, qui l’a mis au point vers 1964, froissait une feuille, la rouvrait et dessinait dans les plis à l’encre et à l’aquarelle. Rien d’extérieur n’est enregistré : le motif garde la trace de l’histoire de la feuille, de la façon dont elle a été écrasée. Pour découvrir l’artiste, lisez Ladislav Novák et le froissage.
À quoi ressemblent les résultats
Les résultats du frottage sont en général nets et descriptifs. Le frottage d’un morceau de bois ressemble à du veinage, celui d’une feuille montre ses nervures. Tout l’intérêt est de détourner ces textures de leur contexte, par exemple en transformant le veinage du bois en plume.
Les résultats du froissage sont plus abstraits et fragmentés. Les plis forment un réseau de lignes droites ou légèrement courbes qui se rejoignent en angles, comme un plan de champs, une terre craquelée ou une chaîne de montagnes. La couleur s’accumule dans les plis, si bien que le réseau se lit comme des lignes sombres sur un fond plus clair. Les images que les artistes y trouvent sont souvent des personnages et des visages découpés en facettes.
Quand choisir l’un ou l’autre
Choisissez le frottage quand :
- vous voulez des textures reconnaissables issues du monde réel, comme l’écorce, les pièces de monnaie ou la dentelle ;
- vous travaillez sans eau ou avec de très jeunes enfants ;
- vous voulez répéter une même texture plusieurs fois dans une œuvre.
Choisissez le froissage quand :
- vous voulez qu’un réseau de lignes imprévisible vous suggère un sujet ;
- vous travaillez au lavis d’aquarelle ou d’encre ;
- vous voulez que chaque pièce soit unique.
Réussir un frottage
Le frottage paraît simple, mais quelques gestes font la différence entre une tache grise et une texture nette :
- Un papier fin. Papier machine, papier journal ou papier à dessin léger relèvent bien plus de détails qu’un papier épais.
- Le côté d’un médium tendre. Une craie grasse sans son papier, une mine graphite ou un crayon 4B à 8B tenu à plat ne touchent que les reliefs, ce qui forme l’image.
- Un seul sens. De petits traits dans une même direction gardent des bords nets ; les va-et-vient brouillent tout.
- Une feuille immobile. Fixez-la avec du ruban de masquage ou maintenez-la fermement : le moindre glissement dédouble la texture.
- Collecter avant de composer. Faites une planche d’essais, regardez-la dans tous les sens, puis décidez de ce que chaque texture deviendra.
C’est d’ailleurs la démarche de Max Ernst : selon la Tate, les frottages d’un vieux plancher lui suggéraient des forêts peuplées de créatures semblables à des oiseaux, qu’il développait ensuite en dessins aboutis. Notre guide complet du frottage en arts plastiques détaille le matériel, la superposition et des pistes de la maternelle au cycle 3. Pour une troisième technique du hasard, voir aussi la technique de la décalcomanie.
Associer les deux
Les deux techniques se marient bien. Froissez et aplatissez une feuille, puis posez-la sur une surface texturée et frottez-la légèrement avec le flanc d’un crayon. Les crêtes prennent le frottage, les creux restent clairs, et le réseau de plis se superpose à la texture. Vous pouvez aussi commencer par un frottage, puis froisser la feuille et la recouvrir d’un lavis d’encre.
Pour des instructions complètes, suivez notre guide de la technique du froissage. Si vous enseignez la différence entre les deux, la page froissage en arts plastiques avec les enfants propose de comparer les deux techniques en classe, et la séquence pédagogique (en anglais) comprend un exercice de frottage en parallèle. Les autres cousins du froissage, dont le grattage et la décalcomanie, sont comparés dans notre histoire du froissage.
Questions fréquentes
Quelle est la principale différence entre froissage et frottage ?
Dans le frottage, la texture vient d'un objet placé sous le papier et elle est transférée par frottement. Dans le froissage, elle vient du papier lui-même, froissé puis aplati avant que l'on ajoute la couleur.
Lequel est apparu en premier, le frottage ou le froissage ?
Le frottage. Max Ernst le met au point dans des dessins à partir de 1925 et en publie une série en 1926 sous le titre Histoire naturelle. Ladislav Novák met au point le froissage vers 1964.
Peut-on combiner frottage et froissage ?
Oui. Une approche courante consiste à froisser et aplatir une feuille, puis à la frotter au crayon sur une surface texturée comme le veinage du bois. Le réseau de plis et le frottage se superposent et créent une texture en couches.
Lequel est le plus facile pour les enfants ?
Les deux sont faciles. Le frottage ne demande que des craies grasses et des objets texturés, sans eau, ce qui explique qu'on le pratique souvent avec les plus petits. Le froissage demande de la peinture et un temps de séchage, mais donne des résultats plus surprenants.
Sources
Editorial team
The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.




