Histoire
Technique du fumage : l'art de dessiner avec la fumée
Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

La technique du fumage, née chez les surréalistes, fait de la fumée un outil de dessin. L’artiste tient une feuille ou une toile au-dessus d’une bougie ou d’une lampe à pétrole, et la suie se dépose en traces douces et nuageuses qu’aucun crayon ne saurait produire. Comme le froissage et le frottage, le fumage part d’une marque que l’on ne contrôle pas entièrement, puis pose la question : qu’est-ce que j’y vois ? Voici d’où vient cette technique, qui l’a pratiquée, comment elle rejoint l’histoire du froissage avec Ladislav Novák, et comment l’essayer sans danger.
Qu’est-ce que le fumage ?
Le mot désigne en français l’action d’exposer à la fumée, comme on fume un poisson. La Tate définit le fumage comme le fait de peindre avec la fumée d’une bougie allumée dans un fond de peinture fraîche. Dans la pratique, les artistes l’ont utilisé de plusieurs façons :
- en passant un papier sec ou une carte au-dessus de la flamme, pour que la suie s’y dépose directement ;
- en enfumant une couche de peinture encore humide, dans laquelle la suie se fixe en séchant ;
- en enfumant une surface puis en grattant ou en retirant la suie pour dessiner en clair.
Le résultat est brumeux et atmosphérique. La Tate souligne que le fumage produit des images qui évoquent le rêve et les apparitions, ce qui explique l’intérêt des surréalistes.
Wolfgang Paalen et les surréalistes
Le peintre le plus étroitement lié au fumage est Wolfgang Paalen (1905-1959), né à Vienne, membre du mouvement surréaliste à Paris dans les années 1930. La Tate lui attribue l’invention de la technique à la fin des années 1930. Selon Wikipédia, son premier fumage, Dictated by a Candle, est montré à l’Exposition internationale du surréalisme de Londres en 1936 ; en 1936 et 1937, il crée des formes de fumée sur toile, qu’il reprend ensuite le plus souvent à l’huile. Son tableau Pays interdit (1936-1937) intègre le fumage dans sa partie inférieure, et une exposition à la galerie Renou et Colle, à Paris, en 1938, assoit sa réputation de peintre.
Paalen n’est pas le premier à décorer avec de la suie : Wikipédia mentionne une horloge américaine ornée de motifs de fumée par l’horloger Silas Hoadley vers 1810-1820. Mais c’est lui qui fait de la fumée une méthode de création d’images, dans la recherche surréaliste de l’automatisme.
D’autres suivent. La Tate note que Salvador Dalí semble avoir employé le fumage dans Cannibalisme de l’automne (1936), et Wikipédia cite Roberto Matta parmi les premiers utilisateurs ; Dalí appelait sa technique de fumée sfumato. Plus tard, Alberto Burri, Yves Klein ou Otto Piene utiliseront la fumée et le feu de façons très différentes. Ces œuvres sont protégées par le droit d’auteur : nous ne les reproduisons pas.
Pour la famille des techniques du hasard, voir aussi la technique de la décalcomanie et notre page froissage et frottage.
Les dessins à la fumée de Ladislav Novák
Le fumage fait aussi partie de l’histoire du froissage. Le poète et artiste tchèque Ladislav Novák (1925-1999), qui met au point le froissage dans les années 1960, n’a jamais cessé d’expérimenter. La base de données artlist.cz recense parmi ses techniques des dessins à la fumée de bougie, à partir du début des années 1970, à côté du froissage, de l’alchimage et de la peinture versée. Pour Novák, la fumée et le papier froissé jouaient le même rôle : produire un champ de traces imprévues d’où sa plume faisait surgir des figures. Voir notre portrait de Ladislav Novák.
Pourquoi la fumée inspire
Une trace de fumée n’a pas de contour net : elle s’épaissit et s’efface, ondule là où la flamme a vacillé. L’œil y lit de la profondeur : nuages, grottes, têtes fantomatiques, montagnes lointaines. C’est le même réflexe que celui qui fait fonctionner le froissage, la paréidolie. Là où le froissage donne un réseau de lignes nettes, le fumage donne un brouillard. Certains artistes combinent les deux en enfumant une feuille froissée : la suie se dépose sur les crêtes et laisse les creux clairs.
Matériel et sécurité
Le fumage demande une flamme nue : c’est une technique d’adulte.
- Support : papier épais ou carte (200 g/m² et plus), ou panneau préparé. Un papier fin roussit et peut s’enflammer.
- Flamme : une bougie ordinaire dans un bougeoir stable, ou une lampe à pétrole. Jamais d’aérosol ni de solvant à proximité.
- Outils : pinceau doux, gomme mie de pain, manche de pinceau pour retirer la suie.
- Fixatif : fixatif pour fusain et pastel, vaporisé à l’extérieur ou dans une pièce bien aérée, une fois la bougie éteinte.
- Sécurité : surface dégagée, rien d’inflammable autour, cheveux attachés, couverture anti-feu ou bol d’eau à portée. Ne jamais laisser la flamme sans surveillance.
Une alternative pour la classe
L’école n’autorise pas les flammes nues en arts plastiques, et le fumage ne convient pas aux enfants. Pour aborder la même idée, faites estomper de la poudre de fusain avec un mouchoir, ou proposez la technique du froissage ou le frottage en arts plastiques. Montrer des fumages de Paalen sur le site d’un musée, puis faire un froissage, relie facilement histoire de l’art et pratique.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le fumage en art ?
C'est une technique où l'on passe une feuille ou une toile au-dessus de la flamme d'une bougie ou d'une lampe à pétrole, pour que la suie s'y dépose. Les traces enfumées sont gardées telles quelles ou développées à la peinture ou à l'encre.
Qui a inventé le fumage ?
La Tate attribue l'invention de cette technique artistique au surréaliste autrichien Wolfgang Paalen, dans les années 1930. Le décor à la fumée existait avant lui : Wikipédia cite une horloge américaine décorée de motifs de suie par Silas Hoadley vers 1810-1820.
Comment fixer un fumage ?
La suie est poudreuse et s'efface au moindre contact. On vaporise un fixatif pour fusain en couches légères, à l'extérieur ou dans une pièce aérée, puis on conserve l'œuvre sous verre ou dans une pochette.
Peut-on faire du fumage avec des enfants ?
Non, à cause de la flamme nue. En classe, le froissage, le frottage ou la poudre de fusain estompée donnent des textures « enfumées » dues au hasard, sans aucun feu.
Sources
Editorial team
The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.




