Histoire
Dessins de Victor Hugo : taches, pochoirs et lavis d'encre
Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Les dessins de Victor Hugo surprennent ceux qui ne connaissent que l’auteur des Misérables et de Notre-Dame de Paris. Le poète et romancier était aussi un dessinateur prolifique et audacieux. Avec de l’encre, du lavis, des taches et des outils improvisés, il a créé des burgs sombres, des mers en tempête et des taches presque abstraites d’une étonnante modernité. Parce qu’il laissait souvent le hasard amorcer ses images, Hugo appartient à la longue histoire des techniques du hasard qui mène aux surréalistes et au froissage. Voici ses procédés, les grandes périodes de son œuvre graphique et les lieux où voir les originaux.
Un écrivain qui dessinait
Hugo (1802-1885) a produit une œuvre graphique considérable. Wikipédia (en anglais) parle de plus de 4 000 dessins ; le Hammer Museum de Los Angeles, qui a organisé l’exposition Stones to Stains en 2018, indique que plus de 3 000 feuilles sont conservées et que peu ont été montrées de son vivant. Il travaille uniquement sur papier, en petit format, généralement à la plume et au lavis d’encre brune ou noire, parfois rehaussé de blanc, rarement en couleur.
Le dessin reste pour lui une activité intime, pour lui-même, sa famille et ses amis, à côté de l’écriture. Cette intimité lui laisse toute liberté d’expérimenter.
Les grandes périodes
La Maison de Victor Hugo, installée dans son ancien appartement de la place des Vosges, retrace l’évolution de son dessin :
- Début des années 1830 : caricatures pleines d’esprit pour son plaisir et celui de ses proches.
- À partir de 1834 : carnets de voyage remplis de croquis au crayon, recopiés à l’encre pour ses enfants.
- 1839 et 1840 : voyages sur le Rhin, dont les burgs deviennent une obsession durable.
- Vers 1847 : pleine maîtrise et technique personnelle, mêlant crayon lithographique, fusain et lavis d’encre.
- L’exil, 1852-1870 : après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Hugo vit à Jersey puis à Guernesey. Le Hammer Museum souligne que beaucoup de ses dessins datent de ces années ; la Maison évoque les dessins fantastiques liés aux tables tournantes de Jersey, les marines et les projets de mobilier et de décor pour sa maison de Guernesey, Hauteville House.
Le dessin reproduit en haut de cette page, Souvenir d’un burg des Vosges (1857), date de l’exil. Le Metropolitan Museum of Art, qui le conserve, précise que le contour du château a été obtenu à l’aide d’un pochoir en papier. Les œuvres de Hugo sont dans le domaine public, et le Met en diffuse librement l’image.
Taches, pochoirs et empreintes : les procédés de Hugo
La Maison de Victor Hugo, le Hammer Museum et JSTOR Daily décrivent des procédés souvent inédits pour l’époque :
- Flaques et taches. Il mouillait ou inclinait le papier pour que l’encre coule en formes imprévues, qu’il lisait ensuite comme ciels, rochers ou vagues.
- Pliage. Il pliait ou inclinait des feuilles imbibées ou éclaboussées d’encre, un geste proche de la tache pliée de la décalcomanie.
- Pochoirs et découpages. Il découpait des formes dans du papier ou du carton et passait l’encre autour ; un même pochoir pouvait donner plusieurs versions d’atmosphère différente.
- Empreintes. Il pressait dentelle, feuilles et bouts de doigts dans le médium humide.
- Techniques mixtes. Encre, gouache blanche, fusain, graphite, craie ou crayon ; la Maison mentionne aussi le grattage et un écran soluble produisant un effet de craquelure.
Certaines feuilles ne sont presque que des taches, sans sujet, d’où l’idée souvent avancée qu’il anticipe l’abstraction.
Hugo et les surréalistes
La Maison de Victor Hugo rappelle que les surréalistes et de nombreux artistes du XXe siècle ont admiré ses taches pour leurs prémices d’automatisme et d’abstraction. Le peintre André Masson se demandait si elles étaient des essais techniques ou les premiers pas d’une création qui attend son interprétation. C’est exactement la question que posent les techniques du hasard. Les taches de Hugo appartiennent à la même famille que celles d’Alexander Cozens ou de Justinus Kerner, évoquées dans notre page sur la paréidolie dans l’art, et que la technique de la décalcomanie des surréalistes.
Le froissage reprend ce principe avec un autre matériau : au lieu de l’encre qui se répand dans l’eau, c’est la feuille froissée qui fournit le motif aléatoire, que l’artiste interprète. Notre histoire du froissage suit ce fil du surréalisme à Ladislav Novák.
Où voir les dessins de Victor Hugo
- Maison de Victor Hugo, Paris : la plus importante collection, avec plus de 700 pièces selon le musée.
- Hauteville House, Guernesey : sa maison d’exil, qui fait partie du même réseau de musées.
- Bibliothèque nationale de France, musée d’Orsay et collections étrangères comme le Metropolitan Museum of Art de New York, tous prêteurs de l’exposition du Hammer Museum.
Les œuvres sur papier sont exposées par roulement pour les protéger de la lumière : vérifiez les accrochages sur le site de chaque musée.
Essayer les procédés de Hugo
Inutile d’imiter ses sujets pour apprendre de lui : une seule encre sombre, une flaque, un pochoir, un bout de dentelle et quelques traits de plume suffisent, comme dans les étapes ci-dessus. Combiner une tache « à la Hugo » avec une feuille froissée, en suivant notre technique du froissage, permet de sentir comment deux hasards peuvent travailler ensemble.
Questions fréquentes
Combien de dessins Victor Hugo a-t-il réalisés ?
Les estimations varient : Wikipédia (en anglais) parle de plus de 4 000 dessins, et le Hammer Museum indique que plus de 3 000 feuilles sont conservées. Peu ont été montrés de son vivant.
Quelles techniques Victor Hugo utilisait-il ?
Surtout la plume et le pinceau au lavis d'encre, souvent rehaussés de gouache blanche, de fusain, de graphite ou de crayon. Il laissait l'encre couler en formes imprévues, pliait ses feuilles, utilisait des pochoirs découpés et pressait dentelle, feuilles ou doigts dans le médium humide.
Où voir les dessins de Victor Hugo ?
La Maison de Victor Hugo, place des Vosges à Paris, conserve plus de 700 pièces, la plus importante collection. La Bibliothèque nationale de France, le musée d'Orsay et des musées étrangers comme le Metropolitan Museum de New York en possèdent aussi. Hauteville House, sa maison d'exil à Guernesey, fait partie du même réseau.
Les dessins de Victor Hugo ont-ils influencé les surréalistes ?
La Maison de Victor Hugo rappelle que les surréalistes et de nombreux artistes du XXe siècle ont admiré ses taches d'encre pour leurs prémices d'automatisme et d'abstraction. Le peintre André Masson s'est interrogé sur leur statut.
Sources
Editorial team
The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.




