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Óscar Domínguez et la décalcomanie : la tache surréaliste

Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Motif abstrait ramifié obtenu en pressant de la peinture entre deux surfaces puis en les séparant
Photo : H. Grobe, CC BY-SA 4.0, via Openverse

Óscar Domínguez a offert aux surréalistes l’un de leurs procédés favoris. En 1936, il étale de la gouache sur une feuille, pose une autre feuille par-dessus, appuie, puis décolle. Apparaît alors une forêt de formes ramifiées, comme du corail, qu’il n’aurait jamais pu peindre à la main. Cette page explique comment Óscar Domínguez a fait de la décalcomanie une méthode surréaliste, retrace sa vie entre Tenerife et Paris et montre le lien entre cette technique et le froissage.

De Tenerife à Paris

Selon Wikipédia, il naît le 3 janvier 1906 à San Cristóbal de La Laguna, sur l’île de Tenerife, aux Canaries. Jeune homme, il séjourne à Paris, et en 1933 il rencontre André Breton et Paul Éluard et rejoint le cercle surréaliste. Il contribue à faire venir le surréalisme dans son île natale : l’Exposition internationale du surréalisme se tient à Santa Cruz de Tenerife en 1935, et Breton s’y rend avec Jacqueline Lamba. Certaines sources donnent une autre année : consultez la chronologie d’un musée si vous avez besoin de la date exacte.

Il vit à Paris la plus grande partie de sa vie d’adulte, y compris pendant l’Occupation, et reste actif dans le monde de l’art parisien après la guerre. Il meurt à Paris le 31 décembre 1957 et repose au cimetière du Montparnasse.

La décalcomanie de 1936

La Tate décrit la décalcomanie comme une technique où la peinture est écrasée entre deux surfaces, papier ou verre, que l’on sépare ensuite. La peinture s’étale, colle et se déchire en motifs qui évoquent des éponges, des mousses, des rochers ou des plantes sous-marines.

Domínguez n’a pas inventé le principe. Les procédés de transfert et de taches existaient avant lui, et Wikipédia signale une origine russe du nom. Ce qu’il fait en 1936, c’est l’adopter comme méthode automatique, un moyen de produire des images sans projet conscient, idée centrale de la théorie surréaliste. Les surréalistes parlent de « décalcomanie sans objet préconçu », puisqu’aucun sujet n’est fixé au départ.

La technique se diffuse vite. Max Ernst l’utilise sur toile à la fin des années 1930 et dans les années 1940 et développe ses textures en paysages étranges. Les surréalistes tchèques, dont Jindřich Štyrský et Toyen, réalisent leurs propres décalcomanies à Prague. Notre guide pratique de la technique de la décalcomanie en détaille les étapes.

Pourquoi la décalcomanie convenait si bien aux surréalistes

La décalcomanie répond à l’intérêt surréaliste pour les images qui semblent venir d’ailleurs que de l’artiste. La peinture pressée produit des formes à plusieurs échelles à la fois : de grandes masses ramifiées qui se divisent en veines de plus en plus fines, comme un vrai corail ou un lichen. L’œil ne peut s’empêcher d’y voir des paysages, des créatures ou des visages : c’est la paréidolie dans l’art.

L’artiste a ensuite le choix : laisser l’image abstraite ou la développer au pinceau, comme le faisait souvent Ernst. Le froissage offre le même choix avec du papier chiffonné, ce qui explique que nous rangions les deux dans la même famille, aux côtés du frottage, du grattage et du fumage de Wolfgang Paalen. Notre article sur le hasard dans l’art replace ces procédés dans une histoire plus large.

Domínguez au-delà de la décalcomanie

La décalcomanie n’est qu’une partie de son œuvre. Ses tableaux des années 1930 associent objets oniriques, machines et figures ; Wikipédia mentionne Retrato de Roma (1933) et La Machine infernale (1937). Après la guerre, il traverse plusieurs styles. Ses œuvres sont conservées dans des musées espagnols, notamment à Tenerife, et dans d’autres collections. Elles sont encore protégées : consultez les catalogues des musées plutôt que des sites d’images.

Essayer une décalcomanie à la manière de Domínguez

Il faut de la gouache, un papier lisse ou une plaque de verre, une seconde feuille et un couteau à peindre ou un vieux pinceau.

  1. Étalez deux ou trois couleurs finement et de façon irrégulière sur la première feuille, en laissant des zones nues.
  2. Posez la seconde feuille par-dessus et appuyez légèrement du plat de la main, sans frotter.
  3. Soulevez un coin et décollez lentement. À l’essai suivant, décollez vite : la vitesse change le motif.
  4. Laissez sécher les deux feuilles : vous obtenez deux images en miroir.
  5. Tournez-les jusqu’à voir apparaître un paysage, une créature ou une grotte, puis ajoutez quelques détails au pinceau fin ou au feutre.

La décalcomanie en classe

C’est l’une des techniques du hasard les plus fiables en groupe, car chaque enfant obtient un résultat frappant en quelques secondes :

  • Papier lisse. Un papier à dessin rugueux boit la peinture avant qu’elle ne s’étale. Le carton fin, les pages de magazine glacées ou une feuille d’acétate donnent des ramifications plus nettes.
  • Peu de couleurs. Deux ou trois couleurs qui se mélangent bien (bleu et jaune, rouge et blanc) évitent le brun boueux.
  • Travail en binôme. L’un étale, l’autre presse et décolle, puis on échange.
  • Parler avant de dessiner. Chaque binôme trouve trois choses dans son tirage avant de prendre un feutre. C’est le même exercice d’observation que dans une séance de froissage en arts plastiques.
  • Garder les deux moitiés. Exposées côte à côte, elles forment une image symétrique que les enfants adorent.

Ce que le froissage peut emprunter à Domínguez

Pour qui travaille surtout le papier froissé, Domínguez donne une leçon utile : ne pas se précipiter pour dessiner. La « décalcomanie sans objet préconçu » consistait à accepter ce que la peinture produisait, et beaucoup de décalcomanies surréalistes sont restées presque telles qu’elles sont sorties du papier. Essayez la même retenue sur une feuille froissée : ajoutez un seul petit élément, une barque, un grimpeur, une maison, et laissez les plis faire le reste.

Questions fréquentes

Óscar Domínguez a-t-il inventé la décalcomanie ?

Les procédés de transfert existaient avant lui, et Wikipédia indique une origine russe pour le nom. L'apport de Domínguez, en 1936, est d'en avoir fait une méthode automatique surréaliste, avec de la gouache pressée entre deux feuilles.

Que signifie « décalcomanie sans objet préconçu » ?

C'est le nom que les surréalistes ont donné à la méthode de Domínguez : l'artiste ne prévoit aucun sujet, il presse la peinture entre deux surfaces et accepte les textures obtenues, qu'il développe parfois ensuite.

Quel lien entre décalcomanie et froissage ?

Ce sont deux techniques du hasard qui créent d'abord une texture non prévue, puis invitent l'artiste à y trouver des images. La décalcomanie utilise de la peinture pressée, le froissage les plis d'un papier chiffonné.

Où Óscar Domínguez est-il né et mort ?

Il est né le 3 janvier 1906 à San Cristóbal de La Laguna, à Tenerife, et il est mort à Paris le 31 décembre 1957.

Sources

FE

Froissage Editorial Team

Editorial team

The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.

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