Artistes
Wolfgang Paalen et le fumage : le peintre de la fumée
Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Wolfgang Paalen est l’artiste le plus étroitement associé au fumage, la technique qui consiste à dessiner avec de la fumée. En 1936-1937, il se met à passer la flamme d’une bougie sous des surfaces fraîchement peintes et laisse la suie tracer des sillages qu’il transforme ensuite en figures et en paysages fantomatiques. Cette page présente Paalen, le fonctionnement du fumage, son départ pour le Mexique et les liens entre sa démarche et le froissage, ainsi qu’avec les autres techniques du hasard présentées sur ce site.
Une courte biographie
Selon Wikipédia, Paalen naît le 22 juillet 1905 à Vienne. Au début des années 1930, il fait partie à Paris de l’association d’artistes abstraits Abstraction-Création. En 1934, il épouse la poétesse et peintre Alice Rahon. En 1935, il rejoint le groupe surréaliste réuni autour d’André Breton.
Ses années surréalistes sont brèves mais fécondes. Wikipédia cite Pays interdit (1936-1937) comme son premier grand tableau surréaliste. En mai 1939, alors que la guerre approche, il part pour New York puis pour le Mexique, où il arrive en septembre 1939 et où il restera jusqu’à la fin de sa vie. Il meurt à Taxco en septembre 1959 ; les sources hésitent entre le 24 et le 25.
Qu’est-ce que le fumage ?
La Tate définit le fumage comme une technique dans laquelle des empreintes sont produites par la fumée d’une bougie ou d’une lampe à pétrole tenue près d’une surface. La suie se dépose en traînées et en nuages qu’aucun pinceau ne saurait imiter. L’artiste lit ensuite des formes dans ces marques et les développe, exactement comme l’artiste du froissage lit des figures dans les plis d’une feuille chiffonnée.
Paalen travaillait en général sur un fond encore humide, de sorte que la suie se fixait dans la peinture. Les images obtenues sont douces, vaporeuses, parcourues de fines lignes ramifiées. Elles répondaient parfaitement à l’intérêt des surréalistes pour le rêve et pour les images qui semblent apparaître d’elles-mêmes. Notre guide pratique sur le fumage explique comment essayer la technique en toute sécurité.
Le fumage parmi les techniques du hasard
Au milieu des années 1930, les surréalistes disposent de plusieurs méthodes pour provoquer des images :
- le frottage (Max Ernst, 1925) : frotter un crayon sur une feuille posée sur une surface texturée ;
- le grattage : gratter la peinture pour faire apparaître les textures du dessous ;
- la décalcomanie (popularisée par Óscar Domínguez en 1936) : presser de la peinture entre deux surfaces ;
- le fumage (Paalen, 1936-1937) : la fumée sur un fond peint.
Ces quatre procédés partagent la logique du froissage : partir d’un accident, puis regarder longtemps jusqu’à ce qu’une image surgisse. Notre article sur le hasard dans l’art retrace cette histoire plus large.
Le Mexique et la revue DYN
Au Mexique, Paalen s’éloigne du surréalisme orthodoxe. Il fonde la revue d’art et d’idées DYN, dont le premier numéro paraît au printemps 1942 ; cinq numéros sont publiés jusqu’en 1944. Le titre vient d’un mot grec qui signifie « ce qui est possible ». Dans ses pages, il plaide pour un art nouveau nourri par la science et par les arts préhistoriques et amérindiens, et il prend publiquement ses distances avec Breton.
Ses tableaux tardifs vont plus loin vers l’abstraction. DYN circule à New York comme au Mexique, et Paalen est souvent cité parmi les artistes émigrés qui ont transmis les idées surréalistes sur l’automatisme et le hasard à l’avant-garde américaine d’après-guerre.
Le fumage après Paalen
D’autres artistes se sont emparés de la fumée. Le poète et artiste tchèque Ladislav Novák, surtout connu pour ses froissages, réalise aussi des dessins à la fumée à partir du début des années 1970 (voir Ladislav Novák, poète du froissage). Aujourd’hui, le fumage est enseigné dans les écoles d’art et les ateliers comme un moyen de libérer le dessin, presque toujours avec des précautions strictes contre le feu.
Fumage et froissage comparés
Le fumage et le froissage ne se ressemblent guère, mais ils fonctionnent de la même façon à l’atelier. Tous deux commencent par un geste dont l’artiste ne peut prévoir le résultat : passer une flamme sous une surface, ou froisser une feuille dans le poing. Tous deux exigent ensuite une seconde phase, plus lente, d’observation, pendant laquelle on tourne le support, on attend qu’une figure apparaisse et on décide de ce qu’il faut ajouter. Les différences sont surtout pratiques :
- Le risque. Le fumage implique une flamme nue et de la suie ; le froissage ne demande que du papier et de l’encre, ce qui le rend bien plus adapté aux enfants et à la classe.
- La trace. La fumée laisse des sillages doux, nuageux et ramifiés ; les plis donnent des lignes nettes et anguleuses.
- La tenue. La suie s’estompe facilement et doit être fixée ; les plis encrés sont stables une fois secs.
Voir les œuvres de Paalen
Les tableaux de Paalen se trouvent dans des collections muséales en Europe et dans les Amériques. Ils sont encore protégés par le droit d’auteur dans de nombreux pays : nous ne les reproduisons donc pas ici. Cherchez « Paalen » dans les catalogues en ligne des grands musées d’art moderne pour voir des fumages.
Leçons pratiques tirées de Paalen
Pour emprunter la démarche de Paalen sous une forme simple et sûre :
- Utilisez un support résistant à la chaleur, comme un carreau de céramique ou un carton épais enduit de gesso, jamais une feuille fine seule.
- Travaillez sur un plateau ininflammable, loin des tissus, avec de l’eau à portée de main et les cheveux longs attachés.
- Passez rapidement le carton au-dessus d’une bougie chauffe-plat, à une hauteur où seule la fumée le touche, en bougeant sans cesse.
- Laissez la suie se poser, puis vaporisez un fixatif à l’extérieur ou couvrez d’une feuille de papier cristal.
- Observez les traces, tournez le carton et dessinez dedans à l’encre ou à la peinture blanche.
Avec des enfants, préférez un équivalent sans flamme : froisser et encrer du papier. La page froissage en arts plastiques montre comment obtenir des textures tout aussi oniriques sans bougie.
Questions fréquentes
Wolfgang Paalen a-t-il inventé le fumage ?
Il est l'artiste qui a fait connaître le fumage comme technique surréaliste, en le mettant au point en 1936-1937. Wikipédia rappelle que la fumée avait déjà servi à des usages décoratifs auparavant : il est donc plus juste de dire qu'il l'a introduit dans le surréalisme.
Comment Paalen réalisait-il ses fumages ?
Il passait la flamme d'une bougie ou d'une lampe à pétrole sous une surface fraîchement peinte ou préparée, pour que la suie se dépose en traînées imprévisibles, puis il développait ces traces à la peinture. C'est ainsi que la Tate décrit le fumage.
Qu'était la revue DYN ?
Une revue d'art et d'idées fondée par Paalen au Mexique. Le premier numéro paraît au printemps 1942 et cinq numéros sont publiés jusqu'en 1944. Le titre vient d'un mot grec signifiant « ce qui est possible ».
Quand Wolfgang Paalen est-il mort ?
En septembre 1959 à Taxco, au Mexique. Les sources divergent sur le jour exact (24 ou 25 septembre).
Sources
Editorial team
The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.




