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Technique

Technique du grattage : la peinture raclée de Max Ernst

Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Couches de peinture crème, rose, grise et bleu foncé grattées et écaillées laissant voir les couleurs du dessous
Photo : Dietmar Down Under, CC BY 2.0, via Openverse

La technique du grattage consiste à peindre en raclant. On pose une toile couverte de peinture fraîche sur un objet en relief, une planche, un grillage, une ficelle, puis on racle la peinture au couteau ou à la raclette. Là où l’objet caché fait saillie, la peinture part ; dans les creux, elle reste. On obtient un motif que le peintre n’a pas dessiné. Max Ernst a inventé ce procédé dans les années 1920, et il appartient à la même famille de techniques du hasard que le froissage, l’art de dessiner à partir du papier froissé.

Ce que veut dire « grattage »

Le mot est français et dit bien ce qu’il fait. La Tate définit le grattage comme une technique de peinture surréaliste qui consiste à poser une toile préparée avec une couche de peinture à l’huile sur un objet texturé, puis à racler la peinture pour créer une surface inattendue. Le raclage peut aussi traverser jusqu’aux couches sèches du dessous, qui réapparaissent sous la couleur supérieure.

L’essentiel est que l’image n’est pas prévue. C’est la texture cachée qui décide où la peinture reste. Le travail du peintre vient après : regarder la surface raclée, y reconnaître des formes et les développer.

Max Ernst et l’invention du grattage

Max Ernst (1891-1976), né à Brühl près de Cologne, est l’une des grandes figures de Dada puis du surréalisme à Paris. En 1925, il invente le frottage : frotter un crayon sur une feuille posée sur un parquet, des feuilles d’arbre ou d’autres surfaces en relief. Notre page frottage en arts plastiques détaille cette méthode.

Le grattage est l’étape suivante. L’article de Wikipédia consacré à la technique le date de 1927, lorsque Ernst transpose le principe du frottage du dessin sur papier à la peinture à l’huile. La Tate précise que le grattage dérive du frottage et que, dans Forêt et colombe (1927), conservée dans ses collections, les arbres semblent obtenus en raclant la peinture sur une arête de poisson. Wikipédia indique aussi qu’Ernst travaille alors avec Joan Miró, qui utilise lui aussi le grattage ; plus tard, Hans Hartung en fera un élément de son langage abstrait.

Ernst peint à la fin des années 1920 toute une série de forêts aux textures raclées, en peigne, des murs d’arbres sombres qui semblent sculptés plutôt que peints. Nous ne les reproduisons pas, car elles sont encore protégées par le droit d’auteur ; le site de la Tate montre Forêt et colombe avec une notice.

Grattage, frottage et froissage

Les trois techniques fonctionnent en deux temps : une marque due au hasard, puis une image trouvée dedans.

TechniqueGesteSupportArtiste associé
FrottageFrotter au crayonPapierMax Ernst, dès 1925
GrattageRacler la peinture fraîcheToile ou cartonMax Ernst, dès 1927
FroissageFroisser, puis laver à l’encrePapierLadislav Novák, années 1960

Le frottage enregistre une texture en frottant, le grattage en enlevant. Le froissage n’a même pas besoin d’objet extérieur : c’est le papier froissé qui fabrique sa propre texture. Pour la comparaison détaillée, voyez froissage et frottage et notre panorama (en anglais) des techniques surréalistes.

Matériel

  • Support : carton toilé, toile sur châssis ou, pour un essai, carton épais de 300 g/m² ou plus.
  • Peinture : l’huile est le choix historique et reste travaillable longtemps. L’acrylique sèche vite mais se nettoie à l’eau ; travaillez par petites zones.
  • Racloirs : couteau à peindre, vieille carte en plastique, raclette en caoutchouc. Les lames tranchantes sont inutiles, et à proscrire en classe.
  • Textures : tout ce qui est plat, ferme et en relief : veinage du bois, grillage, toile de jute, papier bulle, ficelle collée sur carton, grande feuille, peigne, feuille de papier épais froissée puis aplatie.

Réaliser un grattage pas à pas

Commencez par une couleur de fond sèche, par exemple un bleu foncé ou un noir. Quand elle est parfaitement sèche, passez une seconde couleur contrastée, ocre ou gris clair, assez épaisse, et laissez-la fraîche.

Posez l’objet sur la table, le support par-dessus, face peinte vers le haut, et raclez fermement en un ou deux passages. Sur les reliefs, la couleur du dessus s’enlève et le fond foncé apparaît ; dans les creux, elle reste. Retournez le support dans les quatre sens avant de décider où est le haut.

Vient alors la part surréaliste : chercher des formes, une rangée d’arbres, un oiseau, une falaise, un visage. C’est le même réflexe que celui décrit dans notre page sur la paréidolie dans l’art. Une fois sec, ajoutez quelques touches pour rendre la découverte lisible, sans recouvrir la texture.

Une feuille froissée comme texture cachée

Une variante inspirée du froissage marche très bien. Froissez fortement une feuille de papier à dessin épais, aplatissez-la et collez-la sur un carton pour que les plis restent saillants. Glissez-la sous le support peint. Le raclage révèle un réseau de lignes fines et ramifiées, comme une terre craquelée ou un réseau de rivières vu d’avion. Comparez ensuite avec un froissage classique fait à partir de la même feuille, en suivant notre guide de la technique du froissage.

Problèmes fréquents

  • Rien n’apparaît : la peinture est trop fine ou déjà sèche. Posez une couche plus épaisse et raclez plus tôt.
  • Tout s’en va : pression trop forte ou relief trop haut. Appuyez moins ou choisissez un objet plus plat.
  • Couleurs boueuses : le fond n’était pas sec. Attendez qu’il le soit complètement.

Le grattage en arts plastiques

À la gouache ou à l’acrylique sur carton, avec des raclettes en plastique, le grattage se pratique dès le cycle 3. Une bonne séance l’associe au frottage : les élèves frottent une texture au crayon, puis la raclent en peinture, et comparent. Montrez Forêt et colombe sur le site de la Tate et demandez ce qui a pu produire les arbres avant de révéler l’arête de poisson. Notre page froissage en arts plastiques propose une séquence que cette activité peut prolonger.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la technique du grattage ?

C'est une méthode de peinture surréaliste. Une toile ou un carton couvert de peinture fraîche est posé sur un objet en relief (bois, grillage, ficelle) puis raclé. La texture cachée s'imprime dans la peinture restante, et l'artiste retravaille ensuite les formes inattendues.

Qui a inventé le grattage ?

La Tate et la plupart des ouvrages de référence l'attribuent à Max Ernst (1891-1976), qui l'a mis au point en 1927 à partir du frottage, inventé par lui en 1925.

Quelle différence entre grattage et frottage ?

Le frottage consiste à frotter un crayon sur une feuille posée sur une surface en relief. Le grattage consiste à racler de la peinture fraîche posée sur une surface en relief. Le premier est un procédé de dessin, le second transpose la même idée en peinture.

Le grattage est-il la même chose que la carte à gratter ?

Non. La carte à gratter et le sgraffite incisent une couche supérieure avec une pointe pour tracer un dessin voulu. Le grattage racle toute une surface au-dessus d'une texture cachée : les marques viennent de l'objet, pas d'un dessin prévu.

Peut-on faire du grattage avec des enfants ?

Oui, avec de la gouache ou de l'acrylique sur carton, des objets plats sans danger et des raclettes en plastique plutôt que des lames. On évite l'huile et les solvants avec les plus jeunes.

Sources

FE

Froissage Editorial Team

Editorial team

The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.

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