Artistes
Kijno froissage : les papiers froissés de Ladislas Kijno
Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Quand on tape Kijno froissage dans un moteur de recherche, on découvre le versant français de l’art du papier froissé. Pendant que le poète tchèque Ladislav Novák faisait surgir des figures des plis à Třebíč, Ladislas Kijno, peintre installé près de Paris, construisait des tableaux entiers à partir de papier froissé et de peinture en bombe. En France, son nom est étroitement associé au mot froissage, et ses œuvres sont entrées dans de grands musées. Ce portrait rassemble ce que disent les sources fiables sur sa vie, sa méthode et les lieux où voir son travail.
De Varsovie au pays minier
Ladislas Kijno naît à Varsovie le 27 juin 1921, d’un père polonais et d’une mère française, selon l’Encyclopædia Universalis. En 1925, la famille s’installe à Nœux-les-Mines, dans le bassin minier du Pas-de-Calais, où il grandit dans un milieu modeste. Il étudie au séminaire Baudimont d’Arras puis à l’Université catholique de Lille, où il suit les cours de philosophie de Jean Grenier et de Gabriel Marcel ; Universalis indique qu’il obtient une licence de théologie en 1946.
La maladie marque ses débuts. Soigné pour la tuberculose, il séjourne longuement dans les sanatoriums du plateau d’Assy, en Haute-Savoie, jusqu’en 1954. C’est là qu’il se tourne vers la peinture, encouragé par ses médecins et initié à Van Gogh, Cézanne et Bonnard par l’écrivain Pierre Marois. En 1949, il peint une Cène pour la crypte de l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce d’Assy, célèbre pour son décor confié à des artistes modernes comme Matisse, Braque, Léger, Rouault ou Chagall.
Les premiers papiers froissés
Wikipédia date de 1946 ses premières expériences de papiers froissés, et Universalis situe après cette date le début de son travail avec le papier froissé sur toile. Ces premières œuvres associent des formes abstraites ovoïdes, en couleurs pures, au noir. Au fil des décennies, le froissage devient le cœur de sa pratique, au point qu’on le présente comme l’un des maîtres de la technique.
Sa première exposition personnelle a lieu à la galerie Saint-Placide, à Paris, en 1954. L’année suivante, il fait un geste radical : il brûle environ 250 toiles peintes en deux ans et part s’installer à Antibes. En 1957, Dor de la Souchère, conservateur du musée d’Antibes, organise la première grande exposition Kijno.
La bombe aérosol et les froissages de la maturité
À la fin des années 1950, Kijno s’établit en région parisienne. Universalis date de cette période ses premières vaporisations de peinture à la bombe aérosol, et Wikipédia souligne qu’il les multiplie au fil des décennies.
C’est cette association qui rend un froissage de Kijno reconnaissable. Le papier froissé, généralement marouflé sur toile, offre un paysage de crêtes et de creux. La peinture vaporisée, arrivant de biais, couvre les facettes saillantes et laisse les plis dans l’ombre : la feuille se lit comme un relief de lumière. Au lieu de dessiner dans les plis à la plume comme Novák, Kijno laisse la couleur tomber sur eux. Ses œuvres étant protégées par le droit d’auteur, nous ne les reproduisons pas ; les collections des musées cités plus bas en montrent en ligne.
Poètes, thèmes et commandes publiques
Kijno travaille souvent avec des poètes. Il correspond avec Paul Claudel à partir de 1943 et rencontre la même année Louis Aragon et Francis Ponge. Universalis énumère les thèmes de ses séries : la musique (Mozart, Verdi, Charlie Parker), les guerres d’Algérie et du Vietnam, le Christ et le Bouddha, les voyages en Chine et les statues de l’île de Pâques, et des hommages à Angela Davis, Nelson Mandela, Gandhi, Nicolas de Staël ou Youri Gagarine.
Il réalise aussi de grandes œuvres publiques : façades de gymnases à Juvisy-sur-Orge (1967) et Savigny-sur-Orge (1975), mosaïque pour un collège de Saint-Étienne-du-Rouvray (1968) et rosace du portail de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille à Lille, commencée dans les années 1990. Invité à la Biennale de Venise en 1980 avec son cycle Théâtre de Neruda, il bénéficie de rétrospectives au Havre (1971), au Palais des Beaux-Arts de Lille (2000) et au Musée russe de Saint-Pétersbourg (2006). Il meurt en 2012 à Saint-Germain-en-Laye.
Kijno et Novák : deux froissages
| Ladislas Kijno | Ladislav Novák | |
|---|---|---|
| Pays | France | Tchécoslovaquie |
| Premières œuvres froissées | 1946 | vers 1964 |
| Support | Papier froissé, souvent sur toile | Papier froissé puis aplati |
| Couleur | Peinture, puis bombe aérosol | Encre et aquarelle |
| Rôle des plis | Créer relief et lumière | Suggérer des figures |
Novák voyait dans la feuille froissée un générateur d’images, proche du hasard surréaliste ; Kijno en faisait un matériau de peintre, pour donner au tableau profondeur et rythme. Voir notre portrait de Ladislav Novák, notre page sur Simon Hantaï et le pliage et l’histoire du froissage.
Où voir ses œuvres
Wikipédia signale des œuvres de Kijno au Musée national d’art moderne (Centre Pompidou), au musée Picasso d’Antibes, à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence et dans les musées des beaux-arts de Lille, du Havre, de Dunkerque et de Marseille, ainsi que dans des collections étrangères. Une donation porte son nom à Nœux-les-Mines. Les accrochages changent : consultez la collection en ligne de chaque musée avant de vous déplacer.
Essayer un froissage « à la Kijno »
Sans copier ses œuvres, on peut explorer le principe. Froissez une feuille de papier moyen, ouvrez-la et collez-la sur un carton en laissant les crêtes en relief. Une fois sec, colorez-la d’un seul côté, au pinceau sec passé sur les arêtes ou, dans un lieu aéré, d’un léger voile de peinture en bombe tenue rasante. Les crêtes prennent la couleur, les plis restent sombres. Comparez avec un froissage classique au lavis d’encre réalisé selon notre technique du froissage : vous verrez la différence entre les deux traditions.
Questions fréquentes
Qui était Ladislas Kijno ?
Ladislas Kijno (1921-2012) est un peintre français d'origine polonaise. Né à Varsovie, il s'installe en 1925 à Nœux-les-Mines, étudie la philosophie et la théologie à Lille, et devient célèbre pour ses froissages, des papiers froissés travaillés à la peinture puis à la bombe.
Qu'est-ce qu'un froissage de Kijno ?
C'est une œuvre où le papier froissé, souvent marouflé sur toile, forme une surface en relief que Kijno colore, de plus en plus à la peinture vaporisée. La couleur se dépose sur les crêtes et laisse les creux dans l'ombre : les plis deviennent un jeu d'ombre et de lumière.
Quand Kijno a-t-il commencé les froissages ?
Les sources françaises datent ses premières expériences de papiers froissés de 1946, à la fin de ses études à l'Université catholique de Lille. La peinture en bombe arrive après son installation en région parisienne, à la fin des années 1950.
Où voir des œuvres de Kijno ?
Au Musée national d'art moderne (Centre Pompidou), au musée Picasso d'Antibes, à la Fondation Maeght, dans les musées des beaux-arts de Lille, du Havre, de Dunkerque et de Marseille. Il a aussi conçu la rosace du portail de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille, à Lille. Vérifiez sur le site de chaque musée ce qui est exposé.
Sources
Editorial team
The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.



