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Hantaï pliage : le pliage comme méthode de Simon Hantaï

Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Feuille de papier blanc pliée en facettes anguleuses qui accrochent la lumière
Photo : Matt Gruber, CC BY 2.0, via Openverse

Le pliage de Hantaï est l’une des idées les plus marquantes de la peinture française d’après-guerre, et il se situe tout près du froissage dans la famille des arts du pli. Le Hantaï pliage, comme on le cherche souvent en ligne, désigne la méthode que Simon Hantaï adopte à partir de 1960 : plier la toile, peindre ce qui est exposé, puis déplier pour découvrir le résultat. Il l’appelle le pliage comme méthode. Voici comment elle fonctionne, à quoi ressemblent ses grandes séries et ce qu’elle partage avec la technique du papier froissé.

Qui était Simon Hantaï ?

Simon Hantaï, né Simon Handl, voit le jour le 7 décembre 1922 à Bia, village proche de Budapest aujourd’hui intégré à Biatorbágy. Il étudie à l’École des beaux-arts de Budapest de 1942 à 1948. Après la prise du pouvoir communiste, il quitte la Hongrie, voyage en Italie et s’installe à Paris à la fin des années 1940 : à l’automne 1948 selon Wikipédia, en 1949 selon Universalis. Il est naturalisé français en 1966.

À Paris, il se rapproche vite du surréalisme. André Breton préface sa première exposition personnelle, en janvier 1953. La relation tourne court : en 1955, Hantaï rompt avec le groupe, dont il critique la conception de la peinture. Suit une période d’abstraction gestuelle, faite de raclages, puis en 1958-1959 une grande toile, Écriture rose, que Wikipédia et Universalis présentent comme un tournant.

Le pliage comme méthode

Universalis décrit clairement le procédé. La toile, qui n’est plus tendue sur châssis, est pliée, froissée ou nouée. Les parties saillantes sont peintes « à l’aveugle », sans que le peintre voie l’ensemble de la surface. Puis la toile est dépliée : la couleur apparaît en empreintes, séparées par les zones restées cachées dans les plis.

La méthode change le rôle du peintre. Hantaï choisit toujours les couleurs, le format et la manière de plier, mais la répartition finale de la couleur et du blanc vient des plis. Universalis rattache aussi cette pratique au pliage de l’art populaire hongrois. Il ne s’agit pas de produire des accidents pour eux-mêmes, mais de retirer du centre de l’œuvre la main habile du peintre et ses habitudes de composition.

Les grandes séries

Wikipédia énumère les séries dans l’ordre :

  • Mariales (1960-1962), aussi appelées Manteaux de la Vierge, aux plis serrés et multiples.
  • Catamurons (1963-1964) et Panses (1964-1965).
  • Meuns (1967-1968), du nom du village de Meun où il s’installe en 1966 ; plis plus larges et nœuds laissent apparaître le blanc.
  • Études (1969-1971), monochromes qui appliquent le pliage à toute la toile.
  • Aquarelles et Blancs (1971-1974).
  • Tabulas (1972-1976, reprises en 1980-1982), construites sur une grille, au format agrandi dans les dernières.
  • Laissées (1981-1997), la dernière série.

Ses œuvres sont protégées par le droit d’auteur : nous ne les reproduisons pas. Les sites des musées et de la Fondation Louis Vuitton en montrent beaucoup.

Reconnaissance et retrait

Le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective en 1976, et il reçoit le Grand Prix national des Arts plastiques en 1980. En 1982, il représente la France à la Biennale de Venise. Il vit l’événement comme une déception et, au sommet de sa notoriété, annonce qu’il cesse toute activité publique. Il vivra désormais largement retiré, continuant à travailler en privé, et détruira ou enterrera de nombreuses œuvres.

Il donne 16 œuvres à la Ville de Paris en 1997 et 19 œuvres au Centre Pompidou en 2003. Il meurt à Paris le 12 septembre 2008. Le Centre Pompidou organise en 2013 la première rétrospective posthume, avec plus de 130 œuvres, et la Fondation Louis Vuitton célèbre son centenaire en 2022.

Pliage, froissage et Supports/Surfaces

Le pliage est une méthode de peinture sur toile ; le froissage est surtout une technique de dessin et d’aquarelle sur papier. Mais tous deux commencent par déformer le support et laissent les plis décider d’une partie de l’image. La Fondation Gandur pour l’Art note d’ailleurs que Hantaï a utilisé le froissage de la toile dans Manteau de la Vierge en 1962.

Son influence sur les jeunes peintres français est forte : Universalis souligne qu’il fut une référence pour B.M.P.T. et Supports/Surfaces. André-Pierre Arnal, membre de Supports/Surfaces, réalise en 1968 une grande toile froissée intitulée Froissage, puis des toiles pliées, les Pliages. Au même moment, Ladislas Kijno construit ses tableaux avec du papier froissé et de la peinture en bombe. L’histoire du froissage relie ces recherches françaises à la tradition tchèque de Novák et Kolář.

Un exercice de pliage en arts plastiques

On peut explorer le principe sans copier les œuvres de Hantaï, par exemple en cycle 3 ou au collège :

  1. Prenez un tissu de coton fin ou un papier solide, format A3 environ.
  2. Pliez-le plusieurs fois, froissez-en des parties ou faites quelques nœuds avec de la ficelle.
  3. Avec une brosse large, peignez seulement les surfaces visibles, d’une seule couleur, sans déplier.
  4. Laissez sécher un peu, dépliez entièrement et aplatissez.
  5. Observez le motif blanc créé par les zones cachées, puis essayez une deuxième couleur avec un autre pliage.

Comparez avec un froissage réalisé selon notre technique du froissage : dans le pliage, les plis cachent la surface à la couleur ; dans le froissage, ils l’attirent.

Hantaï, Arnal et la génération Supports/Surfaces

Les toiles pliées de Hantaï ont ouvert une voie que toute une génération de jeunes artistes français a empruntée. Le groupe Supports/Surfaces, actif d’environ 1969 à 1972, décroche les toiles de leurs châssis pour les plier, les nouer, les teindre, les tamponner ou les froisser. Patrick Saytour reprend directement le pliage, et André-Pierre Arnal réalise à la fois un grand Froissage (1968) et une longue série de Pliages : voir André-Pierre Arnal, froissages et pliages.

Ce que Hantaï leur transmet, c’est une méthode où l’artiste fixe la procédure mais pas l’image finale : on plie, on peint, on déplie, et le tableau n’apparaît qu’à la fin. Cette logique rapproche le pliage d’autres procédés fondés sur le hasard, présentés dans le hasard dans l’art. Notre page sur le mouvement Supports/Surfaces (en anglais) détaille les expositions et les idées du groupe.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le pliage de Hantaï ?

C'est la méthode qu'il pratique à partir de 1960 : il plie, froisse ou noue une toile libre, peint les parties exposées sans voir l'ensemble, puis déplie. Les zones restées dans les plis apparaissent en blanc ou en réserve et font partie de l'image.

Le pliage est-il la même chose que le froissage ?

Non. Le froissage consiste en général à froisser du papier et à dessiner ou peindre à partir de ses plis. Le pliage est une méthode de peinture sur toile où les plis cachent une partie de la surface au pinceau. Les deux partagent l'idée de laisser le support déformé façonner l'image.

Quelles sont les grandes séries de Hantaï ?

Wikipédia cite les Mariales (1960-1962), aussi appelées Manteaux de la Vierge, les Catamurons (1963-1964), les Panses (1964-1965), les Meuns (1967-1968), les Études (1969-1971), les Blancs (1971-1974), les Tabulas (1972-1976 puis 1980-1982) et les Laissées (1981-1997).

Où voir des œuvres de Hantaï ?

Le Centre Pompidou conserve un ensemble important, dont 19 œuvres données par l'artiste en 2003, et lui a consacré une rétrospective en 2013. La Ville de Paris a reçu une donation en 1997, et la Fondation Louis Vuitton a organisé une exposition pour son centenaire en 2022.

Sources

FE

Froissage Editorial Team

Editorial team

The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.

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