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Peinture à la paille : une technique du hasard en classe

Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Pinceau d'aquarelle posé près de flaques de couleur humides sur du papier blanc
Photo : rawpixel, CC0, via Openverse

La peinture à la paille, ou peinture soufflée, est l’une des façons les plus simples de montrer aux enfants, et aux adultes, que le hasard peut fabriquer des images. On dépose une flaque de peinture liquide sur un bristol, on souffle dans une paille, et la peinture file en lignes fines et ramifiées qu’aucun pinceau ne saurait tracer. Vient ensuite la seconde moitié du jeu : regarder les formes et décider ce qu’elles représentent. Ce guide présente le matériel, le geste, des idées de projets et les règles d’hygiène qui permettent de la pratiquer en classe, de la maternelle au collège.

Pourquoi ça marche

Sur une surface lisse, une peinture liquide se déplace là où l’air la pousse. Un petit coup de souffle envoie une ligne en avant ; quand elle ralentit, son extrémité se divise en filets plus fins, qui se divisent à leur tour. On obtient une structure ramifiée qui rappelle les branches d’un arbre, un réseau de rivières ou des veines. Vous choisissez la direction générale, pas le détail. Cet équilibre entre maîtrise et accident rapproche la peinture soufflée du froissage, où l’on décide comment froisser, mais pas où tombera chaque pli (voir la technique du froissage).

Les artistes accueillent depuis longtemps ce genre de demi-contrôle. Le glossaire de la Tate consacré à l’automatisme rappelle que les surréalistes cherchaient à créer sans contrôle conscient, et la peinture par coulures du milieu du XXe siècle (le drip painting) laissait la gravité et le mouvement dessiner la ligne. La peinture à la paille en est une petite cousine ludique.

Le matériel

  • Peinture : aquarelle liquide, encre à dessin diluée ou gouache allongée jusqu’à la consistance du lait.
  • Papier : papier lisse et épais ou bristol blanc fin. Un carton glacé laisse la peinture aller le plus loin.
  • Pailles : une par personne. Les pailles en papier fonctionnent mais ramollissent ; les pailles réutilisables doivent être lavées entre deux utilisateurs.
  • Pipettes ou cuillères pour déposer la peinture.
  • Feutres ou crayons pour ajouter des détails ensuite.
  • Papier journal ou nappe lavable pour protéger la table.

Le geste pas à pas

  1. Déposer la peinture. Une flaque de la taille d’une pièce de monnaie suffit. Pour un arbre, placez-la près du bord inférieur ; pour un feu d’artifice ou une araignée, au milieu.
  2. Orienter la paille. Tenez son extrémité près du bord de la flaque, presque contre le papier, dirigée vers l’endroit où la ligne doit partir.
  3. Souffler par petits coups. Un long souffle étale la peinture en éventail. De petits coups francs donnent des traits fins.
  4. Faire des branches. Quand une ligne s’arrête, soufflez dessus sous un angle légèrement différent : elle se divise. Recommencez autant de fois que vous le souhaitez.
  5. Ajouter une couleur. Déposez une deuxième couleur au bout d’une ligne et poussez-la plus loin. Là où deux couleurs humides se rencontrent, elles se mélangent.
  6. Sécher à plat. Si l’on soulève la feuille encore humide, la peinture coule.

Idées de projets

  • Arbres d’hiver. Soufflez de l’encre brune ou noire vers le haut depuis le bord inférieur. Une fois sec, ajoutez une ligne d’horizon et quelques points de gouache blanche pour la neige.
  • Cheveux en bataille. Dessinez d’abord un visage en bas de la feuille, puis soufflez la peinture vers l’extérieur depuis le haut de la tête. Les enfants adorent.
  • Monstres. Soufflez une tache dans plusieurs directions, puis ajoutez des yeux, des dents et des pattes. L’activité se marie bien avec les monstres en papier froissé pour Halloween.
  • Feux d’artifice. Soufflez des couleurs vives depuis un point central sur un papier foncé ; ajoutez des points de craie blanche.
  • Coraux et algues. Soufflez des verts et des roses vers le haut sur une feuille préalablement lavée de bleu.
  • Branches d’automne. Soufflez les branches, puis imprimez des feuilles du bout des doigts, en complément des feuilles d’automne en papier froissé.

Le temps de l’observation

Le moment le plus riche vient quand la peinture est sèche. Demandez à chaque enfant de tourner la feuille dans les quatre sens et de dire ce qu’il voit : une danseuse, un insecte, une rivière, un éclair. C’est la paréidolie, cette tendance à voir des figures dans des formes dues au hasard, et c’est exactement ce que fait l’artiste du froissage quand il cherche des images dans les plis. Notre page sur la paréidolie dans l’art en raconte l’histoire, des murs tachés de Léonard de Vinci aux taches d’Alexander Cozens.

Laissez ensuite chacun développer une seule idée au feutre. Les ajouts doivent rester légers pour que les lignes soufflées restent l’élément principal.

Hygiène et sécurité en groupe

  • Une paille par enfant, avec son prénom si vous la réutilisez pendant la séance.
  • Coupez les pailles à mi-longueur pour les petits : la bouche est plus près de la peinture et il faut moins de souffle.
  • Entraînez-vous d’abord à souffler sur le dos de la main. Vérifiez que tous ont compris qu’on n’aspire jamais.
  • Utilisez une peinture non toxique et éloignez les pots des visages.
  • Faites des pauses : souffler fort et longtemps peut faire tourner la tête. Arrêtez dès qu’un enfant se sent étourdi.
  • Les enfants qui ont des difficultés respiratoires peuvent pousser la peinture avec un petit flacon souple, ou un adulte peut utiliser un sèche-cheveux réglé sur l’air froid.

Que faire si…

  • La peinture ne bouge pas : elle est trop épaisse ou le papier l’absorbe. Ajoutez de l’eau ou passez à un carton glacé.
  • Les traits sont gros et pâteux : trop de peinture. Faites une flaque plus petite et soufflez plus brièvement.
  • Le papier gondole : prenez un papier plus épais ou scotchez les bords avant de commencer.
  • Les couleurs deviennent boueuses : limitez chaque image à deux ou trois couleurs qui se marient bien.

Associer d’autres techniques du hasard

La peinture à la paille trouve naturellement sa place à côté des autres techniques de ce site. Soufflez un arbre par-dessus un paysage en papier froissé, ou saupoudrez du sel dans la peinture encore humide, comme dans notre guide aquarelle et sel, pour une texture étoilée. Pour une autre manière de tirer des lignes à travers la peinture, voir la peinture à la ficelle. Et pour replacer ces jeux dans l’histoire de l’art, lisez le hasard dans l’art.

Questions fréquentes

Quelle peinture utiliser pour la peinture à la paille ?

Une peinture très fluide : aquarelle liquide, encre diluée ou gouache allongée d'eau jusqu'à avoir la consistance du lait. Une peinture épaisse ne se déplace pas quand on souffle.

Quel papier choisir ?

Un papier lisse et assez épais, ou un bristol fin. Un carton glacé permet à la peinture d'aller le plus loin. Le papier d'imprimante gondole et absorbe trop vite.

La peinture soufflée convient-elle aux jeunes enfants ?

Oui, avec surveillance. Utilisez une peinture non toxique, donnez à chacun sa propre paille, coupez-la à mi-longueur pour que la bouche soit plus près de la feuille, et entraînez-vous à souffler avant de commencer. Arrêtez si un enfant a la tête qui tourne.

Quel rapport avec le froissage ?

Ce sont deux techniques du hasard. On lance un processus que l'on ne contrôle qu'à moitié, puis on regarde le résultat et on décide ce qu'il peut devenir. Dans le froissage, les lignes viennent des plis ; ici, elles viennent du souffle qui pousse la peinture.

Sources

FE

Froissage Editorial Team

Editorial team

The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.

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