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Technique

Papier marbré : technique, suminagashi et ebru pour débuter

Rédigé par Froissage Editorial Team · Mis à jour

Papier marbré ancien à l'intérieur d'une reliure, pierres bleu-gris mouchetées veinées de rouge et de noir, bordure dorée
Image : Walters Art Museum, CC0, via Openverse

La technique du papier marbré crée des motifs en faisant flotter de la couleur sur un liquide avant de l’imprimer sur papier. L’encre ou la peinture s’étale en anneaux, on la déplace d’un souffle, d’une baguette ou d’un peigne, puis on la recueille avec une feuille posée à la surface. Deux feuilles ne sont jamais identiques. Pour les amateurs de froissage, la marbrure est une proche parente : dans les deux cas, on laisse la matière faire l’essentiel du travail tout en la guidant.

Le principe

Une couleur déposée sur l’eau coule ou s’étale sans contrôle. Les marbreurs ont deux solutions. Dans le suminagashi japonais, l’encre flotte sur de l’eau claire grâce à un tensioactif qui l’étale en films minces. Dans les méthodes turque et européenne, l’eau est épaissie en un bain (ou « size ») sur lequel des peintures plus lourdes flottent et restent en place.

L’article de Wikipédia anglophone sur la marbrure indique que les bains traditionnels utilisaient la gomme adragante ou le lin, et que la mousse d’Irlande, riche en carraghénane, est employée depuis la fin du XIXe siècle ; beaucoup de marbreurs utilisent aujourd’hui du carraghénane en poudre ou un épaississant cellulosique. Un tensioactif comme le fiel de bœuf aide les couleurs à s’étaler.

Quand le motif est prêt, on pose la feuille : la couleur se transfère aussitôt. On soulève, on rince si besoin, on fait sécher. Chaque tirage est un monotype, comme dans l’impression au papier froissé.

Un peu d’histoire

Le suminagashi, « encre flottante », semble être la forme la plus ancienne : Wikipédia cite une source japonaise du XIIe siècle et rapporte que la famille Hiroba affirme le pratiquer depuis 1151.

L’ebru, tradition turque, utilise un bain épaissi et des peignes ou des stylets. La marbrure sur bain se développe en Perse, en Asie centrale et dans le monde ottoman à partir des XVe et XVIe siècles environ ; l’école turque moderne est liée à des maîtres stambouliotes du XIXe siècle.

En Europe, la marbrure se diffuse au XVIIe siècle. Wikipédia cite une description de Gerhard ter Brugghen en 1616 et le texte latin d’Athanase Kircher en 1646. Le papier marbré devient la norme pour les gardes et les couvertures de livres ; l’image en tête de page montre un papier marbré à l’intérieur d’une reliure ancienne conservée au Walters Art Museum. Il a même servi pour des documents de sécurité, car un motif marbré est très difficile à copier.

Suminagashi facile à la maison

C’est le meilleur point de départ : ni bain épaissi, ni alun.

Matériel : un bac peu profond, de l’eau, de l’encre noire ou de couleur (ou de l’aquarelle diluée), deux pinceaux souples, un tensioactif (fiel de bœuf en magasin d’art, ou une infime quantité de liquide vaisselle dans de l’eau), du papier absorbant, du papier journal.

Écrémez l’eau avec une bande de journal. Touchez légèrement la surface avec le pinceau d’encre : un disque se forme. Touchez son centre avec le pinceau de tensioactif : l’encre est repoussée en anneau. Alternez pour créer des cernes comme ceux d’un tronc d’arbre. Soufflez doucement, posez la feuille d’un bord à l’autre et soulevez-la. Séchez à plat. Les premières feuilles sont souvent pâles : l’équilibre entre encre et tensioactif demande un peu de pratique.

Motifs à essayer

  • Souffle. Soufflez d’un côté à travers une paille : les anneaux s’étirent en vagues et en veines de bois.
  • Un seul trait. Passez lentement un cheveu ou un cure-dent au centre : le motif se courbe en cœur ou en chevron.
  • Double trait. Un passage dans un sens, puis à angle droit : effet de plume ou de soie moirée.
  • Deux couleurs. Noir et bleu, ou indigo et rouille, pour un rendu calme et traditionnel.

Erreurs fréquentes

  • Les couleurs coulent : encre trop lourde ou manque de tensioactif.
  • Les couleurs disparaissent : trop de tensioactif.
  • Taches blanches : bulles d’air ; posez la feuille en la déroulant.
  • Feuilles boueuses : trop de couleurs ; commencez avec une ou deux.

Marbrure et froissage

Les feuilles marbrées font de superbes fonds pour un dessin de froissage. Froissez doucement une feuille marbrée sèche, dépliez-la et cernez au feutre fin les figures qui naissent des plis et des anneaux. Vous pouvez aussi découper papiers marbrés et froissés pour des collages. Le lien profond est le hasard : comme la décalcomanie et le froissage, la marbrure laisse la matière proposer et l’artiste choisir. Notre page sur le hasard dans l’art explore cette idée, et la technique du froissage en donne les bases.

Sécher, aplatir et utiliser les feuilles

Une feuille marbrée sort du bain mouillée et gondole en séchant. Posez-la d’abord à plat sur du papier journal, motif vers le haut, sans la frotter. Une fois sèche, glissez-la entre deux feuilles propres sous une pile de livres pendant une nuit ; les méthodes douces décrites dans comment aplatir du papier froissé conviennent aussi aux papiers marbrés. Pour garder une trace de chaque essai ou partager les motifs en ligne, suivez les conseils d’éclairage de photographier la texture du papier froissé.

Les feuilles réussies servent ensuite de pages de garde, de couvertures de carnets, de cartes ou de fonds de collage. Les essais ratés ne sont pas perdus : découpés en bandes ou en formes, ils deviennent la matière d’un collage.

Prolonger avec d’autres techniques du hasard

Le marbrage appartient à une grande famille de techniques où la matière décide une partie de l’image. En classe, on peut construire une séquence qui les compare :

Demandez aux élèves de comparer : où l’artiste contrôle-t-il le plus ? Où la matière garde-t-elle le dernier mot ?

En classe

Le suminagashi fonctionne bien à partir de 7 ans environ avec l’aide d’un adulte : c’est calme, lent et fascinant. Utilisez de l’encre lavable, protégez les tables et donnez plusieurs feuilles à chaque élève. Pour les plus jeunes, la mousse à raser donne un effet proche ; présentez-la simplement comme un raccourci.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la technique du papier marbré ?

On fait flotter des couleurs à la surface de l'eau ou d'un liquide épaissi, on les déplace pour former un motif, puis on pose une feuille qui recueille le dessin. Wikipédia anglophone décrit chaque résultat comme un monotype unique.

Quelle différence entre suminagashi et ebru ?

Le suminagashi japonais fait flotter de l'encre sur de l'eau claire et donne des anneaux doux. L'ebru turc utilise un bain épaissi qui permet de peigner les couleurs en motifs plus nets.

Que faut-il pour commencer à la maison ?

Pour le suminagashi : un bac peu profond, de l'eau, deux pinceaux, de l'encre ou de l'aquarelle diluée, un tensioactif (fiel de bœuf ou une goutte de liquide vaisselle très dilué) et du papier absorbant.

Faut-il de l'alun ?

Pour marbrer avec des peintures sur un bain épaissi, le papier est souvent préparé à l'alun. Le suminagashi et l'ebru s'en passent généralement.

Le marbrage à la mousse à raser, c'est du vrai papier marbré ?

C'est un raccourci de classe qui donne un aspect marbré, pas une marbrure traditionnelle. Il convient aux jeunes enfants.

Comment sécher et aplatir une feuille marbrée ?

Laissez-la sécher à plat, motif vers le haut, sur du papier journal. Une fois sèche, placez-la entre deux feuilles propres sous une pile de livres pendant une nuit pour la remettre à plat.

Sources

FE

Froissage Editorial Team

Editorial team

The Froissage.com editorial team researches the history of froissage from museum, encyclopedia and publisher sources and writes practical guides to the technique.

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